Influenceurs et formation financée avec le CPF : ce qui change avec les nouvelles mentions obligatoires
Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux sont devenus un véritable canal d’acquisition pour les organismes de formation. TikTok, Instagram, YouTube ou LinkedIn permettent de toucher rapidement un large public, notamment lorsqu’une formation peut être financée par le CPF, France Travail ou d’autres dispositifs publics.
Mais cette communication est désormais davantage encadrée.
Un arrêté du 26 mai 2026, publié au Journal officiel le 29 mai 2026, impose désormais une mention obligatoire à toute personne exerçant une activité d’influence commerciale lorsqu’elle fait la promotion d’une action de formation professionnelle financée par des fonds publics.
Cette évolution réglementaire ne constitue pas une simple formalité administrative. Elle traduit une volonté claire du législateur : renforcer l’information des futurs stagiaires et lutter contre les pratiques commerciales trompeuses qui ont marqué le secteur de la formation professionnelle ces dernières années.
Une réforme qui s’inscrit dans un dispositif plus large
Pour comprendre cette nouvelle obligation, il faut revenir quelques années en arrière.
Le développement du Compte Personnel de Formation (CPF) a permis à des millions de salariés et de demandeurs d’emploi d’accéder plus facilement à la formation.
Parallèlement, certains organismes peu scrupuleux ont multiplié les campagnes publicitaires agressives :
- promesses de revenus rapides ;
- formations présentées comme totalement gratuites ;
- discours laissant croire qu’aucune condition n’était applicable ;
- recours massif à des influenceurs pour promouvoir certaines offres.
Face à ces dérives, le législateur est intervenu progressivement.
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale a posé les premières bases.
Le décret n° 2026-233 du 30 mars 2026 est ensuite venu préciser les obligations applicables à la promotion des formations professionnelles financées par des fonds publics.
Enfin, l’arrêté du 26 mai 2026 fixe désormais les termes exacts de la mention qui devra être utilisée lors d’une formation financée avec le CPF par les influenceurs.
Nous sommes donc face à l’aboutissement d’un dispositif juridique cohérent destiné à renforcer la transparence.
La mention désormais obligatoire
Lorsqu’une personne exerçant une activité d’influence commerciale fait la promotion d’une formation bénéficiant d’un financement public, elle devra désormais afficher la mention suivante :
« L’obtention d’un financement public pour une action de formation professionnelle répond à des règles et des conditions qui vous engagent. Pour plus d’informations. »
Cette mention devra être accompagnée :
- d’un lien vers la page officielle du ministère du Travail consacrée au sujet ;
- ou de l’adresse du site travail-emploi.gouv.fr ;
- ou du hashtag officiel #MaFormationProfessionnelleOnEnParle.
L’objectif est simple : rappeler que le financement public d’une formation n’est jamais automatique et qu’il existe des conditions d’éligibilité ainsi que des engagements pour le bénéficiaire.
Qui est concerné ?
Contrairement à une idée reçue, cette réglementation ne vise pas uniquement les influenceurs très connus présents sur TikTok ou Instagram.
Elle concerne plus largement toute personne exerçant une activité d’influence commerciale.
Cela peut notamment être :
- un créateur de contenu rémunéré ;
- un ambassadeur de marque ;
- un influenceur spécialisé dans l’emploi ou la reconversion ;
- une agence de marketing d’influence.
Les organismes de formation sont également directement concernés.
En pratique, ils devront s’assurer que les contenus diffusés pour leur compte respectent les nouvelles obligations réglementaires.
Cette vigilance fait désormais partie de leur responsabilité.
Des obligations adaptées à chaque support
Le texte ne se limite pas à imposer une simple phrase.
Il prévoit également la manière dont cette information doit être présentée selon le support utilisé.
Pour une vidéo publiée sur un réseau social, la mention devra rester visible pendant une très grande partie de la diffusion et respecter des critères précis de lisibilité.
Pour un contenu audio, comme un podcast, elle devra être énoncée immédiatement après le message promotionnel.
L’objectif est clair : éviter que cette information essentielle soit noyée dans une publication ou rendue quasiment invisible.
Une nouvelle responsabilité pour les organismes de formation
Pour les centres de formation, cette évolution dépasse largement la simple conformité juridique.
Elle conduit à revoir les pratiques de communication.
Avant de lancer une campagne avec un créateur de contenu, il devient indispensable de vérifier :
- le respect des mentions obligatoires ;
- la conformité des messages diffusés ;
- l’absence de promesses exagérées ;
- la cohérence entre le contenu publié et la réalité de la formation proposée.
Cette démarche participe directement à la qualité de l’information délivrée au futur stagiaire.
Les organismes certifiés Qualiopi sont d’ailleurs déjà engagés dans une logique de transparence vis-à-vis des apprenants. Cette nouvelle réglementation vient renforcer cette exigence.
Une évolution bénéfique pour les futurs stagiaires
Au-delà des contraintes imposées aux professionnels, cette réforme apporte également davantage de protection aux personnes souhaitant se former.
Le futur stagiaire est désormais explicitement informé que :
- un financement public répond à des règles précises ;
- certains dispositifs supposent des conditions d’accès ;
- une inscription à une formation entraîne des engagements ;
- il est nécessaire de consulter les informations officielles avant de prendre une décision.
Cette information peut paraître simple.
Elle est pourtant essentielle.
Beaucoup de litiges constatés ces dernières années sont nés d’une mauvaise compréhension des modalités de financement ou d’une présentation excessivement simplifiée des dispositifs existants.
Le droit s’invite dans le marketing
Cette réforme soulève également une question plus large.
- Le rôle d’un influenceur est, par définition, d’influencer une décision. Son objectif consiste à convaincre.
- Le droit poursuit une logique différente. Il cherche à permettre une décision éclairée.
Cette distinction est particulièrement visible dans ce nouveau dispositif.
D’un côté, le marketing cherche naturellement à mettre en avant les avantages d’une formation.
De l’autre, le législateur impose de rappeler qu’un financement public n’est jamais un droit automatique et qu’il s’accompagne de conditions.
Cette rencontre entre communication commerciale et information juridique constitue sans doute l’une des évolutions majeures du secteur de la formation professionnelle.
Une communication plus responsable
Il serait toutefois erroné de considérer cette réforme comme une contrainte uniquement administrative.
Elle participe à une évolution plus profonde du marché.
Les organismes de formation qui communiquent avec transparence renforcent leur crédibilité.
À l’inverse, les promesses irréalistes ou les messages volontairement incomplets deviennent plus difficiles à diffuser.
À terme, cette évolution devrait contribuer à améliorer l’image du secteur et à restaurer la confiance des personnes souhaitant financer leur projet de formation grâce à des fonds publics.
Ce qu’il faut retenir de cet arrêté et de son obligation
L’arrêté du 26 mai 2026 ne crée pas une nouvelle obligation de fond.
Il vient préciser la formulation exacte que devront utiliser les personnes exerçant une activité d’influence commerciale lorsqu’elles promeuvent une formation financée par des fonds publics dont le CPF.
Cette précision peut sembler modeste.
Elle illustre pourtant une évolution importante : la communication autour de la formation professionnelle ne peut plus reposer uniquement sur des arguments marketing. Elle doit désormais intégrer une information juridique claire, visible et compréhensible.
Pour les organismes de formation, cette réforme constitue une invitation à renforcer leurs pratiques de communication, à contrôler les contenus diffusés en leur nom et à privilégier une information loyale des futurs stagiaires.
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