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Guide du BNPL : tout savoir sur le Buy Now, Pay Later et le paiement fractionné

BNPL et paiement fractionné : comprendre le crédit qui se cache derrière le « payer plus tard »

Acheter aujourd’hui et payer demain. Ou régler en trois ou quatre fois un achat qui, quelques années plus tôt, aurait été payé comptant. Le principe n’est pas vraiment nouveau. Son ampleur, en revanche, l’est beaucoup plus.

Le BNPL, pour « Buy Now, Pay Later », s’est installé presque discrètement dans les habitudes de consommation. Au moment de régler un ordinateur, un canapé, un billet d’avion ou parfois simplement quelques vêtements, une nouvelle possibilité apparaît : fractionner le règlement.

Pour le consommateur, l’expérience est souvent d’une simplicité déconcertante. Quelques clics, une carte bancaire et l’achat est réalisé. On est très loin de l’image traditionnelle du crédit avec son dossier, ses justificatifs et son contrat de plusieurs pages.

C’est précisément ce qui rend le BNPL intéressant à étudier.

Car derrière cette facilité de paiement se trouve une question essentielle : à partir de quel moment payer plus tard revient-il à emprunter ?

La réglementation européenne a désormais largement répondu à cette question. Et à compter du 20 novembre 2026, les règles françaises applicables au crédit à la consommation évoluent profondément.

Pour les courtiers et futurs professionnels IOBSP, le BNPL n’est donc plus un petit sujet périphérique. Il fait désormais partie de l’environnement du crédit qu’il faut comprendre.

BNPL : que signifie exactement Buy Now, Pay Later ?

BNPL signifie « Buy Now, Pay Later », que l’on peut traduire par « achetez maintenant, payez plus tard ».

Le principe est simple.

Un consommateur réalise un achat mais n’en règle pas immédiatement la totalité. Le paiement est reporté ou fractionné.

Prenons un exemple.

Un ordinateur coûte 1 200 €. Plutôt que de débourser immédiatement cette somme, l’acheteur peut se voir proposer un paiement en quatre fois : 300 € aujourd’hui, puis trois autres échéances de 300 €.

Autre possibilité : le paiement différé. Le consommateur achète aujourd’hui et la somme n’est débitée que quelques semaines plus tard.

Sous l’expression BNPL se retrouvent donc plusieurs mécanismes qui ne sont pas nécessairement identiques juridiquement.

C’est d’ailleurs une première règle à retenir : tous les paiements en plusieurs fois ne fonctionnent pas de la même manière.

Pourquoi le BNPL rencontre-t-il autant de succès ?

Pour comprendre le phénomène, il faut oublier quelques instants le droit du crédit et se placer à la place du consommateur.

Il est devant un produit affiché à 800 €.

Juste à côté, le site lui propose « 4 × 200 € ».

Le produit n’a évidemment pas changé de prix. Pourtant, sa perception peut changer.

C’est probablement l’une des grandes forces commerciales du paiement fractionné. L’acheteur ne raisonne plus nécessairement à partir du prix total mais à partir de l’échéance qu’il pense pouvoir absorber dans son budget.

À cela s’ajoute la simplicité.

Le crédit traditionnel suppose généralement une démarche clairement identifiée comme telle. Avec le BNPL, le financement est intégré directement au parcours d’achat.

Il n’y a plus vraiment deux moments distincts, celui où l’on choisit le produit puis celui où l’on recherche son financement.

Les deux se confondent.

Le financement devient presque une fonctionnalité du bouton « payer ».

Le BNPL est-il réellement un crédit ?

C’est toute l’ambiguïté du système.

Dans l’esprit d’un consommateur, payer en trois ou quatre fois peut être perçu comme une simple facilité de paiement.

Économiquement, pourtant, lorsque l’achat est financé par un tiers et que le consommateur rembourse ensuite les sommes avancées, le mécanisme se rapproche très fortement d’un crédit.

L’Europe a précisément voulu réduire cette zone grise.

La directive européenne 2023/2225 relative aux contrats de crédit aux consommateurs a élargi le champ de la réglementation afin d’intégrer notamment certaines formes de BNPL, de paiements fractionnés et de crédits de faible montant.

En France, cette réforme a été transposée par l’ordonnance du 3 septembre 2025 relative au crédit à la consommation.

Son entrée en vigueur est fixée au 20 novembre 2026.

Ce changement est loin d’être anecdotique.

Il signifie qu’un univers qui pouvait parfois apparaître comme une simple extension des moyens de paiement entre beaucoup plus clairement dans celui du crédit à la consommation.

Un marché devenu impossible à ignorer

Le paiement fractionné n’est plus réservé à quelques sites spécialisés.

Il est proposé dans le commerce en ligne, mais également dans de nombreux points de vente physiques et pour des achats très différents.

La Banque de France permet de mesurer l’importance de l’univers auquel il appartient.

À fin juin 2026, l’encours des « crédits sur le lieu de vente », catégorie qui comprend notamment les paiements fractionnés, atteignait 20,1 milliards d’euros.

Attention cependant à ne pas transformer ce chiffre en « 20,1 milliards d’euros de BNPL ».

Ce serait inexact.

La catégorie statistique est plus large que le seul paiement fractionné. Mais ce montant montre à quel point les financements directement associés à l’acte d’achat occupent désormais une place importante dans le crédit aux particuliers.

Et surtout, le consommateur peut en détenir plusieurs simultanément.

C’est là que le sujet devient beaucoup plus intéressant pour un professionnel du crédit.

Le vrai risque du BNPL : l’accumulation des petites mensualités

Un paiement de 45 € par mois paraît faible.

Un autre de 70 € également.

Puis viennent 35 €, 90 € et 60 €.

Pris séparément, aucun de ces montants ne semble particulièrement inquiétant. Ensemble, ils représentent pourtant 300 € de sorties mensuelles.

C’est l’un des paradoxes du BNPL.

Le faible montant de chaque opération peut donner l’impression que le risque est lui aussi faible. Mais le budget d’un ménage ne raisonne pas par contrat. Il additionne toutes les dépenses.

Le problème n’est donc pas nécessairement le paiement fractionné en lui-même.

Il apparaît lorsque plusieurs financements s’empilent.

Imaginons un consommateur qui dispose déjà d’un prêt automobile, d’un crédit renouvelable et d’un découvert bancaire. Il ajoute un smartphone payé en quatre fois, puis un billet d’avion fractionné et quelques semaines plus tard un achat d’équipement ménager également étalé.

Aucune opération ne semble, isolément, catastrophique.

Pourtant, la marge disponible à la fin du mois se réduit progressivement.

Pour un courtier, cette situation doit attirer l’attention.

BNPL et budget : pourquoi le professionnel doit regarder les relevés de compte

L’étude d’un dossier de financement ne peut pas se limiter à rechercher les gros crédits.

Il faut comprendre comment fonctionne réellement le budget du client.

Et les relevés bancaires racontent parfois une histoire très différente de celle que donnent les seules mensualités des prêts traditionnels.

Plusieurs prélèvements ou paiements récurrents correspondant à des achats fractionnés peuvent révéler une utilisation régulière du paiement différé.

Cela ne signifie pas automatiquement que le client rencontre des difficultés financières.

Il faut se garder des conclusions trop rapides.

Une personne peut parfaitement utiliser un paiement en quatre fois par confort de trésorerie tout en disposant d’une situation financière solide.

En revanche, lorsque le BNPL devient un moyen récurrent de financer les dépenses courantes parce que le revenu du mois ne suffit plus, le signal n’est plus le même.

C’est toute la différence entre utiliser une facilité et en devenir dépendant pour équilibrer son budget.

Le BNPL est-il gratuit ?

C’est une autre question importante.

Certaines offres sont effectivement présentées sans intérêts pour le consommateur.

Mais « gratuit pour le client » ne signifie pas nécessairement que le service ne possède aucun modèle économique.

Le prestataire de paiement peut notamment être rémunéré par le commerçant. Pour celui-ci, proposer du paiement fractionné peut présenter un intérêt commercial : faciliter la décision d’achat, augmenter le taux de conversion ou permettre au client d’accéder à un panier plus important.

D’autres offres peuvent comporter des frais ou des intérêts.

Il faut donc regarder les conditions de chaque opération plutôt que de considérer le BNPL comme un produit unique.

C’est également l’un des objectifs de la réglementation : permettre au consommateur de mieux comprendre la nature du financement qu’il utilise, son coût éventuel et les conséquences de son engagement.

Ce qui change le 20 novembre 2026

La date mérite d’être retenue par les professionnels du crédit.

Le 20 novembre 2026 marque l’entrée en vigueur en France de la nouvelle réglementation issue de la directive européenne sur le crédit à la consommation.

Son champ d’application devient beaucoup plus large.

La réforme concerne notamment des opérations qui échappaient auparavant, totalement ou partiellement, au régime classique du crédit à la consommation, notamment certains crédits de faible montant et certaines solutions de paiement fractionné.

L’idée générale est assez facile à comprendre.

Un petit crédit reste un crédit.

Et la simplicité technologique avec laquelle il est accordé ne doit pas faire disparaître la protection du consommateur.

La réglementation renforce ainsi les exigences relatives à l’information du client, à l’évaluation de sa solvabilité, aux explications qui doivent lui être fournies et, plus généralement, à la prévention du risque de mauvais endettement.

Le BNPL change donc de dimension réglementaire.

Tous les paiements différés sont-ils concernés ?

Non, et c’est une nuance essentielle.

Il faut notamment distinguer le financement proposé par un organisme tiers du simple délai de paiement accordé directement par un commerçant.

Le droit européen prévoit certaines exclusions lorsque le fournisseur du bien ou du service accorde lui-même un délai de paiement, sans intervention d’un tiers proposant le crédit, et lorsque différentes conditions sont réunies.

Autrement dit, « je paie plus tard » ne signifie pas systématiquement « j’ai souscrit un BNPL réglementé comme un crédit à la consommation ».

Pour un professionnel, cette distinction est fondamentale.

Il faut regarder qui finance réellement l’opération, dans quelles conditions, sur quelle durée et avec quels frais éventuels.

Pourquoi le BNPL intéresse directement les courtiers en crédit

À première vue, un courtier spécialisé en crédit immobilier ou en regroupement de crédits pourrait considérer que le paiement fractionné ne le concerne que marginalement.

Ce serait probablement une erreur.

Le BNPL modifie progressivement la structure de l’endettement des ménages.

Historiquement, il était relativement simple d’identifier les engagements financiers d’un emprunteur : prêt immobilier, prêt automobile, prêt personnel, crédit renouvelable, découvert…

Aujourd’hui, le paysage devient plus fragmenté.

Un même ménage peut cumuler plusieurs petits engagements souscrits auprès de différents acteurs et directement intégrés à ses actes de consommation.

Pour le courtier, la bonne question n’est donc plus seulement :

« Quels crédits remboursez-vous ? »

Elle devient :

« Quelles sommes devez-vous déjà payer dans les semaines et les mois qui viennent ? »

La nuance est importante.

BNPL et regroupement de crédits : un indicateur à surveiller

Pour les professionnels du regroupement de crédits, l’observation est encore plus pertinente.

Un client qui utilise occasionnellement un paiement en trois fois n’est évidemment pas en situation de surendettement pour cette seule raison.

Mais la multiplication des paiements fractionnés peut parfois constituer l’un des premiers signes d’une trésorerie qui commence à se tendre.

On peut observer un mécanisme progressif.

Le salaire arrive. Les mensualités classiques sont prélevées. Les dépenses courantes absorbent une grande partie du revenu disponible. Un achat imprévu survient. Plutôt que de puiser dans une épargne inexistante ou insuffisante, le consommateur fractionne la dépense.

Le mois suivant, une autre dépense apparaît.

Elle est fractionnée à son tour.

Petit à petit, une partie du revenu des mois futurs est déjà consommée avant même d’avoir été perçue.

C’est probablement la meilleure manière de comprendre le risque associé au BNPL : il permet de déplacer une dépense d’aujourd’hui vers le budget de demain.

Utilisé raisonnablement, ce mécanisme peut apporter de la souplesse.

Utilisé en permanence, il peut réduire progressivement les marges de manœuvre financières.

Le BNPL oblige à repenser notre définition du crédit

Pendant longtemps, emprunter était un acte clairement identifiable.

On allait dans une banque ou un établissement de crédit. On demandait une somme. On signait un contrat. Puis on remboursait chaque mois.

Le numérique a changé cette représentation.

Le crédit peut désormais apparaître au milieu d’un parcours d’achat, en quelques secondes, sur l’écran d’un téléphone.

C’est sans doute l’enseignement le plus important du BNPL pour les futurs professionnels du crédit.

Le produit financier n’a pas disparu.

Il est simplement devenu beaucoup moins visible.

Or le rôle d’un professionnel du crédit consiste précisément à rendre visibles les engagements financiers, à les expliquer et à mesurer leurs conséquences sur le budget.

Ce qu’un futur IOBSP doit retenir du BNPL

Le BNPL n’est ni forcément une mauvaise solution ni une solution anodine.

Tout dépend de son utilisation.

Pour un consommateur disposant d’un budget équilibré, fractionner ponctuellement une dépense peut constituer un simple outil de gestion de trésorerie.

Pour une personne dont le budget est déjà fragile, multiplier ces opérations peut au contraire reporter continuellement les difficultés sur les mois suivants.

Le rôle du professionnel n’est donc pas de condamner le produit.

Il est de comprendre son fonctionnement, d’identifier les engagements existants et d’apprécier la situation globale de l’emprunteur.

La réforme applicable à partir du 20 novembre 2026 confirme finalement une évolution déjà visible depuis plusieurs années : le crédit à la consommation ne se limite plus au prêt personnel ou au crédit renouvelable.

Il peut désormais se cacher derrière un bouton « payer en plusieurs fois ».

Et pour un courtier, savoir reconnaître un crédit, même lorsqu’il n’en a plus vraiment l’apparence, fait désormais partie du métier.

En conclusion : le BNPL entre dans l’âge adulte

Le Buy Now, Pay Later est né d’une idée extrêmement simple : supprimer, ou au moins réduire, le frein du paiement immédiat.

Cette simplicité explique une grande partie de son succès.

Mais son développement a également révélé les limites d’une réglementation construite à une époque où crédit et paiement étaient beaucoup plus faciles à distinguer.

L’Europe a donc décidé d’adapter les règles.

À compter du 20 novembre 2026, le paysage français du crédit à la consommation évolue sensiblement et les professionnels devront intégrer cette nouvelle réalité.

Pour les courtiers et futurs IOBSP, le BNPL mérite donc mieux qu’une définition apprise dans un module de formation.

Il faut comprendre sa logique.

Car derrière trois lettres anglaises et un paiement en quatre fois se trouve finalement une question vieille comme le crédit :

ce que je dépense aujourd’hui, mon budget de demain pourra-t-il réellement le rembourser ?

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