CPF 2027 : qui paiera 350 € et quelles formations seront prioritaires ?
Le Compte personnel de formation pourrait connaître une nouvelle évolution importante en 2027. Et, cette fois, il ne serait plus seulement question d’augmenter le montant restant à la charge du bénéficiaire.
Derrière le chiffre d’un reste à charge de 350 €, largement repris ces derniers jours, se dessine en réalité une évolution plus profonde du CPF. L’État souhaiterait davantage orienter les financements vers les formations considérées comme prioritaires pour l’emploi et l’économie.
Une question apparaît alors : sommes-nous en train de passer d’un CPF librement mobilisable par son titulaire à un CPF progressivement orienté vers les besoins définis comme prioritaires par les pouvoirs publics ?
À ce stade, prudence. Le projet doit encore être débattu et les règles définitives ne sont pas connues. Mais les orientations dévoilées permettent déjà de comprendre la direction prise.
Le CPF coûte déjà 150 euros en 2026
Commençons par la règle actuelle.
Depuis le 2 avril 2026, la participation financière obligatoire demandée lors de la mobilisation du CPF est fixée à 150 euros. Cette évolution résulte du décret n° 2026-234 du 30 mars 2026.
Il s’agit bien d’une participation obligatoire et non simplement de la somme restant à financer lorsque les droits CPF sont insuffisants.
Prenons un exemple très simple.
Un salarié dispose de 3 000 euros sur son CPF et souhaite suivre une formation de 1 000 euros. Même si ses droits sont largement suffisants pour financer la formation, il doit, sauf cas d’exonération, supporter personnellement la participation de 150 euros.
Ce mécanisme avait initialement été instauré en 2024 avec une participation de 100 euros. En quelques années seulement, la philosophie du CPF a donc déjà sensiblement évolué.
En 2027, le reste à charge pourrait atteindre 350 euros
C’est la nouvelle étape actuellement envisagée.
Dans le cadre des arbitrages budgétaires pour 2027, le ministère du Travail travaille sur une participation pouvant atteindre 350 euros lorsqu’un salarié choisit une formation considérée comme non prioritaire et qu’aucun cofinancement n’intervient.
Le gouvernement espérerait ainsi réaliser entre 300 et 350 millions d’euros d’économies.
Attention cependant aux raccourcis.
Dire aujourd’hui que « le CPF coûtera 350 euros en 2027 » serait inexact.
Le chiffre de 350 euros correspond à une piste retenue dans les travaux budgétaires. Le dispositif n’est pas encore définitivement adopté et le montant devra être précisé par les textes applicables.
Surtout, tout le monde ne paierait pas nécessairement 350 euros.
Toutes les formations ne seraient plus placées sur le même plan
C’est probablement la véritable nouveauté de cette réforme.
Le montant de la participation dépendrait notamment du caractère prioritaire ou non de la formation choisie.
Selon les orientations communiquées par le ministère, un salarié choisissant une certification non prioritaire et ne bénéficiant d’aucun cofinancement pourrait devoir acquitter 350 euros.
À l’inverse, le reste à charge resterait limité à 150 euros pour certaines formations considérées comme prioritaires.
On voit immédiatement le changement de logique.
Jusqu’à présent, le CPF repose largement sur l’idée que les droits appartiennent à la personne. Demain, le titulaire conserverait ses droits, mais les conditions financières de leur utilisation pourraient dépendre davantage de la nature de son projet.
Mais qu’est-ce qu’une formation « prioritaire » ?
C’est évidemment la grande question.
Et pour l’instant, nous n’avons pas la liste.
Le caractère prioritaire devrait être déterminé à partir d’une liste de certifications fixée par arrêté après consultation des partenaires sociaux.
Plusieurs secteurs sont néanmoins déjà évoqués : l’industrie, la défense, le numérique et l’intelligence artificielle, la transition écologique, la souveraineté alimentaire ou encore le médico-social. Les métiers confrontés à des difficultés de recrutement pourraient également être privilégiés.
Cette liste sera déterminante.
Car derrière une notion assez simple, « formation prioritaire », se cache une question beaucoup plus sensible : qui décidera qu’une formation est davantage utile qu’une autre au parcours professionnel d’une personne ?
Une formation peut ne pas répondre à une pénurie nationale de main-d’œuvre et être pourtant parfaitement pertinente pour celui qui souhaite évoluer, se reconvertir ou créer son activité.
Le cofinancement pourrait devenir déterminant
C’est un aspect du projet qui mérite une attention particulière de la part des entreprises et des professionnels de la formation.
Le système envisagé favoriserait les dossiers bénéficiant d’un financement complémentaire.
Un cofinancement de l’employeur, d’un OPCO ou d’un autre financeur pourrait permettre de réduire, voire de supprimer, la participation supportée personnellement par le titulaire du CPF selon le dispositif finalement retenu.
Le CPF deviendrait ainsi moins solitaire.
Le salarié, l’entreprise, les branches professionnelles et les OPCO pourraient être davantage incités à construire ensemble le financement d’un parcours de formation.
Pour les entreprises, cela pourrait également redonner tout son intérêt à une politique d’abondement des CPF de leurs salariés.
Et les demandeurs d’emploi ?
C’est un autre point sur lequel il faut rester particulièrement prudent.
Aujourd’hui, les demandeurs d’emploi font partie des personnes exonérées de la participation financière obligatoire.
Pour 2027, plusieurs présentations du projet divergent encore sur leur situation exacte. Certaines évoquent le maintien d’une exonération, tandis que d’autres font état d’un système dans lequel la gratuité dépendrait du caractère prioritaire de la certification. Les organisations syndicales elles-mêmes soulignent que les demandeurs d’emploi pourraient être concernés par la réforme.
Il faudra donc attendre le texte définitif avant d’affirmer qui paiera quoi.
C’est d’ailleurs une règle de prudence à retenir sur l’ensemble de cette réforme : les 350 euros font aujourd’hui beaucoup parler, mais de nombreux détails restent à arbitrer.
Un questionnaire avant de pouvoir mobiliser son CPF ?
Autre changement envisagé : le bénéficiaire pourrait devoir répondre à un questionnaire avant de mobiliser ses droits.
L’objectif serait d’apprécier la cohérence entre la formation choisie et son projet professionnel.
En cas de doute, le titulaire pourrait être orienté vers un opérateur du Conseil en évolution professionnelle afin d’être accompagné dans son projet.
Là encore, le changement de philosophie est intéressant.
Le CPF avait notamment été pensé comme un outil donnant davantage d’autonomie à l’individu dans la gestion de son parcours professionnel.
Avec cette réforme, l’État chercherait davantage à s’assurer que l’argent consacré à la formation répond à un projet professionnel identifié et, si possible, aux besoins du marché du travail.
Quelles conséquences pour les formations IOBSP et IAS ?
Pour un organisme comme Cibformation, cette question est évidemment centrale.
Les formations permettant d’acquérir la capacité professionnelle nécessaire à l’exercice de certaines activités réglementées répondent à une logique particulière.
C’est notamment le cas des parcours IOBSP pour l’intermédiation en opérations de banque et services de paiement ou IAS pour l’intermédiation en assurance.
À ce jour, rien ne permet cependant d’affirmer que ces formations ou certifications seront considérées comme « prioritaires » dans le futur dispositif.
Il faudra attendre la publication de la liste officielle.
C’est un point que Cibformation suivra avec attention, car les conséquences peuvent être importantes aussi bien pour les futurs courtiers que pour les professionnels souhaitant développer de nouvelles compétences.
Le CPF change progressivement de philosophie
Il serait finalement dommage de ne retenir de cette réforme qu’un chiffre : 350 euros.
Le sujet est plus large.
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics cherchent à mieux maîtriser les dépenses du CPF, à lutter contre les formations de faible qualité ou insuffisamment liées à l’emploi et à concentrer davantage les financements sur les compétences recherchées par l’économie.
En février 2026, de nouveaux plafonds ont déjà été instaurés. Les droits CPF mobilisables sont notamment plafonnés à 1 500 euros pour certaines certifications et habilitations enregistrées au Répertoire spécifique et à 1 600 euros pour les bilans de compétences.
La réforme envisagée pour 2027 s’inscrit donc dans un mouvement plus large.
Le CPF resterait un droit attaché à la personne, mais son utilisation pourrait être de plus en plus encadrée et orientée.
Ce qu’il faut retenir à ce jour
Pour 2026, la règle est claire : la participation financière obligatoire est fixée à 150 euros, sauf exonération ou prise en charge prévue par les textes.
Pour 2027, le gouvernement envisage un système plus différencié. La participation pourrait atteindre 350 euros pour certaines formations non prioritaires et sans cofinancement. Les formations considérées comme prioritaires bénéficieraient d’un traitement plus favorable et le cofinancement prendrait une place croissante.
Mais le mot essentiel reste aujourd’hui : « pourrait ».
Le Parlement doit encore examiner les dispositions budgétaires et les textes réglementaires devront préciser les modalités du dispositif.
Pour les salariés, les entreprises et les organismes de formation, une chose est néanmoins certaine : le CPF de 2027 pourrait être sensiblement différent de celui que nous connaissions encore il y a quelques années.
Et au-delà du reste à charge, c’est peut-être la notion même de liberté de choix de sa formation qui sera au cœur du débat.
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