Courtier en assurance : l’ORIAS conditionne votre droit aux commissions
Pour un courtier en assurance, l’immatriculation à l’ORIAS est souvent considérée comme une obligation réglementaire parmi d’autres. Une formalité indispensable pour exercer, certes, mais dont les conséquences concrètes peuvent parfois être sous-estimées.
Un arrêt rendu par la Cour de cassation le 2 avril 2026 vient rappeler que cette obligation peut avoir une conséquence financière particulièrement lourde.
Le principe posé par la Haute juridiction est clair : la rémunération de l’activité d’intermédiation du courtier en assurance est subordonnée à son inscription au registre du commerce et des sociétés et à son immatriculation au registre tenu par l’ORIAS.
Autrement dit : pas d’immatriculation régulière, pas de droit à la commission.
Et ce principe peut s’appliquer même lorsque le versement des commissions résulte d’un accord conclu avec l’assureur.
Une affaire portant sur plus de 337 000 euros de commissions
L’affaire jugée par la deuxième chambre civile de la Cour de cassation concernait un litige entre un assureur et une société de courtage.
Un protocole conclu en 2014 prévoyait notamment le versement au courtier de commissions correspondant à un portefeuille d’assurance.
L’assureur avait cependant cessé de verser ces commissions à compter de juin 2018.
Le contentieux portait sur des montants particulièrement importants.
La cour d’appel de Versailles avait condamné l’assureur à verser au courtier 337 804,16 euros au titre des commissions dues au 30 septembre 2021 et à reprendre leur versement à compter du 1er octobre 2021.
Mais l’assureur soulevait un problème fondamental : le courtier remplissait-il bien les conditions réglementaires permettant d’exercer son activité et donc de percevoir ces commissions ?
La Cour de cassation lui donne raison sur ce point.
Dans son arrêt du 2 avril 2026, elle casse partiellement la décision de la cour d’appel.
Deux conditions pour percevoir les commissions
La Cour de cassation s’appuie notamment sur les dispositions du Code des assurances relatives à l’intermédiation.
Elle considère que la rémunération de l’activité d’intermédiation du courtier d’assurance est cumulativement subordonnée :
- à son inscription au registre du commerce et des sociétés ;
- à son immatriculation au registre tenu par l’ORIAS.
Ces deux conditions sont donc directement liées au droit à rémunération du professionnel.
Mais la décision va plus loin.
La Cour reproche à la cour d’appel de ne pas avoir vérifié que le courtier remplissait ces conditions « pour chaque période considérée ».
Cette précision est essentielle.
L’immatriculation ORIAS doit être continue
L’enseignement pratique de cet arrêt dépasse donc largement la question de l’inscription initiale du courtier.
Il ne suffit pas d’avoir été immatriculé à l’ORIAS lors de la création du cabinet ou au moment de la signature d’une convention avec une compagnie.
La régularité doit pouvoir être démontrée pendant les périodes correspondant aux commissions réclamées.
Pour un cabinet de courtage, une interruption d’immatriculation peut donc devenir beaucoup plus qu’un simple incident administratif. Elle peut avoir des conséquences directes sur sa rémunération.
C’est notamment ce qui rend la procédure annuelle de renouvellement ORIAS particulièrement importante.
Une négligence administrative, un dossier incomplet ou une absence de renouvellement dans les délais peuvent ainsi exposer le professionnel à des conséquences économiques considérables.
Un contrat avec l’assureur ne suffit pas nécessairement
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette décision.
Dans cette affaire, le courtier invoquait l’existence d’un protocole prévoyant le versement des commissions.
On pourrait donc penser que la force obligatoire du contrat suffisait à fonder son droit à rémunération.
La Cour de cassation adopte une approche différente.
Avant même de déterminer les sommes dues en application du contrat, il convient de vérifier que le professionnel remplissait les conditions réglementaires permettant la rémunération de son activité d’intermédiation.
La conformité réglementaire devient ainsi une condition préalable.
Un contrat de distribution, une convention de partenariat ou un accord commercial ne permet donc pas nécessairement de neutraliser une situation administrative irrégulière.
Attention aux commissions récurrentes
Cette jurisprudence soulève également une question particulièrement importante pour les courtiers en assurance : celle des commissions versées dans le temps.
Une affaire peut avoir été apportée plusieurs années auparavant et continuer à produire des commissions.
Or, le courtier pourrait être tenté de considérer que la rémunération est définitivement acquise puisque le travail commercial initial a été effectué lorsque sa situation était parfaitement régulière.
L’arrêt du 2 avril 2026 invite à beaucoup plus de prudence.
La Cour exige en effet que la situation du courtier soit examinée « pour chaque période considérée ».
Cela signifie que la continuité de la conformité réglementaire devient un élément essentiel de sécurisation des revenus du cabinet.
Cette question est d’autant plus importante lors d’une cessation d’activité, d’une restructuration, d’une fusion, d’une transmission de portefeuille ou d’un changement de structure juridique.
Les conséquences peuvent même concerner des commissions déjà versées
L’arrêt contient un autre élément qui mérite l’attention des professionnels.
La cassation prononcée par la Cour concerne également le rejet d’une demande de l’assureur portant sur la restitution de commissions déjà versées entre janvier 2014 et juin 2018.
La Cour de cassation ne décide pas elle-même que ces commissions doivent être remboursées. L’affaire est renvoyée devant la cour d’appel de Versailles autrement composée.
Il serait donc excessif d’affirmer que toute interruption d’immatriculation entraîne automatiquement le remboursement de l’ensemble des commissions antérieurement perçues.
Mais le risque contentieux existe.
Et lorsque plusieurs années de commissions sont concernées, les montants peuvent rapidement devenir considérables.
L’ORIAS n’est donc pas une simple formalité administrative
Cette décision rappelle une réalité fondamentale du métier de courtier.
L’accès à la profession, son exercice et sa rémunération sont étroitement liés au respect des conditions réglementaires.
L’immatriculation ORIAS matérialise notamment la capacité du professionnel à exercer son activité d’intermédiation dans le cadre réglementaire applicable.
Pour le dirigeant d’un cabinet, la conformité ne doit donc pas être considérée comme une tâche administrative secondaire.
Elle participe directement à la sécurisation de son chiffre d’affaires.
Le renouvellement ORIAS doit notamment faire l’objet d’un véritable processus interne : anticipation des échéances, contrôle des justificatifs, suivi de la responsabilité civile professionnelle, vérification des garanties nécessaires et conservation des preuves d’immatriculation.
Un rappel plus large sur les obligations du courtier en assurance
L’immatriculation ORIAS n’est évidemment qu’une composante du cadre réglementaire applicable aux intermédiaires d’assurance.
Le courtier doit notamment maîtriser les règles relatives à sa capacité professionnelle, à son devoir d’information et de conseil, à la distribution des produits d’assurance, à la prévention des conflits d’intérêts ou encore à la formation professionnelle continue.
Depuis la directive sur la distribution d’assurances, la formation continue constitue elle-même une obligation importante pour les professionnels concernés.
La conformité d’un cabinet ne se limite donc pas à obtenir un numéro ORIAS.
Elle doit être entretenue dans le temps.
C’est précisément l’un des enjeux de la formation professionnelle des courtiers et de leurs collaborateurs.
Ce que les courtiers doivent retenir de l’arrêt du 2 avril 2026
Cette jurisprudence peut finalement se résumer en quelques principes simples.
L’immatriculation ORIAS conditionne l’exercice régulier de l’activité de courtage.
Pour la Cour de cassation, la rémunération de l’activité d’intermédiation est cumulativement subordonnée à l’inscription au RCS et à l’immatriculation ORIAS.
La régularité doit pouvoir être vérifiée pour chaque période concernée par les commissions.
L’existence d’un accord commercial avec un assureur ne suffit pas nécessairement à garantir le paiement des commissions si les conditions réglementaires ne sont pas remplies.
Enfin, une interruption de la conformité peut générer un risque financier portant sur des montants considérables.
La conformité protège aussi la rémunération du courtier
L’arrêt de la Cour de cassation du 2 avril 2026 illustre parfaitement l’évolution du métier de courtier en assurance.
La réglementation n’est plus seulement une question de contrôle ou de risque de sanction.
Elle intervient désormais directement dans la sécurisation économique du cabinet.
Formation, ORIAS, capacité professionnelle, devoir de conseil, DDA, procédures internes : toutes ces obligations doivent être envisagées comme les différentes composantes d’une même politique de conformité.
Pour le courtier, respecter ses obligations réglementaires, c’est donc aussi protéger son droit à rémunération.
Et l’arrêt du 2 avril 2026 vient de le rappeler de manière particulièrement concrète : quelques lignes dans un registre peuvent conditionner plusieurs années de commissions.
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